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DAKAR WORKSHOP #1 - Présence du Futur : reprendre/revisiter/ouvrir le musée

Projection internationale menée par Emmanuelle Chérel en 2017, à Dakar.

Avec Dylan Dargent, Camille Juthier, Sarah Orumchi, Camille Valentin, Léa Viretto Cit.

Cette première session inaugurale DAKAR WORKSHOP # 1 s'est déroulée sur une durée de trois semaines en partenariat avec le musée Théodore Monod et l'IFAN, avec pour titre Présence du Futur : reprendre/revisiter/ouvrir le musée. Nous avons travaillé sur un projet collectif de Musée du Futur.

A l'échelle internationale, depuis plusieurs années, le musée historique et ethnographique est pris comme terrain d'études. Des colloques, des ouvrages, des expositions sont revenus sur son histoire, ses modèles, les formes c'est à dire notamment sur l'historiographie des discours scientifiques, des dispositifs muséographiques et des politiques de conservation. Ils défendent l'idée que l'histoire est artefact culturel relevant d'une construction, de (ré)interprétations situées, liées aux conditions du présent, à ses enjeux scientifiques, culturels et politiques. Ainsi, le monde des musées se restructure à travers une redéfinition de ses fonctions (médiation, conservation, accueil, exposition, etc.), de nouvelles présentations des collections, la construction de nombreuses institutions témoignant de la multipolarité du monde, une forte attention à la représentation, ses limites et ses possibilités, ou encore à la mise en contexte, à la réception des expositions et aux publics. Inévitablement, les projets traduisent des visions différentes des musées du XXIe siècle comme lieu social, culturel, économique.

Toutefois, les relectures de l'histoire de la modernité engagée par de nombreux musées, la reconsidération de ses récits, ses savoirs, ses régimes de visualité, et leurs implications dans l'expansion coloniale, la recherche d'un musée post-ethnographique conduisent tout à la fois à identifier des manques et des omissions, à décoloniser le regard porté sur les patrimoines et les savoirs endogènes (matériels et immatériels), et à penser la manière dont ces institutions et leurs objets sont traversés par les conflits et des significations complexes et stratifiées.

Les artistes, eux aussi, participent de la refonte du musée par des projets de musées conceptuels et fictifs (explorant une série de questions, mettant en scène de nouveaux récits (Karen Mirza et Brad Butler, Meschac Gaba, Lisl Ponger, Gustavo Buntix). Certains, répondant à l'invitation des institutions muséales, créent des œuvres (installations, performances etc) autour des objets de la collection, des archives, des réserves, etc. et contribuent à une réflexivité sur leur histoire (ex : Fred Wilson, Sammy Baloji, Patrick Mudekereza). Toutes ces pratiques appréhendent les objets, en considérant leur agentivité c'est à dire leur rôle de médiateurs concrets (au delà du symbolique) dans les processus sociaux, leur capacité à agir, à produire des effets et des transformations, à générer des débats, des espaces communs, des sites de conscience, des projections et des perspectives potentielles.

En Afrique, la question muséale est particulière forte. Au Sénégal, elle est en mutation comme en témoigne l'ouverture prochaine du musée des civilisations noires et les transformations du musée Théodore Monod d’art africain de l’IFAN qui possède et conserve des objets venant du patrimoine naturel aussi que culturel de l'Afrique de l'ouest. Le Musée des civilisations noires élabore, quant à lui, peu à peu son projet.

Cette première session DAKAR WORKSHOP prend tout particulièrement pour appui le musée Théodore Monod, une institution qui, depuis plusieurs années, se pose des questions sur ses collections, sa nature, son environnement, ses liens avec la société et sa place dans de nouvelles économies et au sein des coopérations culturelles internationales. Un espace qui se pense et qui est cœur de la société et de toutes les problématiques liées à celle-ci. Cette position lui confère le statut de courroie de transmission et de caisse de résonance avec lesquelles interagissent les étudiants sur tous les sujets soulevés par leurs projets.

Autrement dit, DAKAR WORKSHOP Présence du Futur reprendre/revisiter/ouvrir le musée aborde le musée comme un espace dynamique, de production de connaissances, de savoirs collectifs et de subjectivité, d'interprétations multiples, de récits, d'imaginaires, c'est à dire tout à la fois comme espace ressources, zone de contact, lieu de collaboration et d'expérimentation individuelle et collective, permettant de relier les collections au patrimoine vivant de tous les jours, à l'univers culturel, mental, aux conceptions populaires et à la gnose, de penser les relations avec la création contemporaine (par exemple le rap descendant des cultures orales africaines ou butineur de l'archive), de former à de nouveaux champs sociaux et culturels, de mettre en lumière différentes pistes esthétiques, historiques, politiques, scientifiques, de réfléchir aux enjeux auprès des communautés, d'inventer de nouveaux usages, projets, pratiques, objets, des possibles, des spéculations. Ainsi, il ne s'agit pas tant de travailler sur et dans ces deux musées, que de s'en saisir comme lignes de fuite, de création, à la croisée de perspectives et de regards différents, et finalement de sortir de leurs murs, d'aller à la rencontre de la ville, de tisser des liens avec ses réalités complexes et sa scène de l'art.

 

El Hadji Malick Ndiaye est docteur en Histoire de l’art de l’Université Rennes II. Ancien postdoctorant du Laboratoire d’excellence Création, Arts et Patrimoines (Labex CAP) et du Centre de Recherches sur les Arts et le Langage (EHESS/CNRS), il est conservateur du Musée Théodore Monod lié à l’IFAN. Il enseigne dans les universités (Université Cheikh Anta Diop de Dakar et Université Gaston Berger de Saint-Louis/Sénégal). Diplômé de l’Institut National du Patrimoine (Paris) et ex boursier de l’Institut National d’Histoire de l’Art (Paris), il est commissaire d’exposition, théoricien de l’art, spécialiste des études postcoloniales et des patrimoines africains. Il coordonne diverses activités scientifiques autour de ces thématiques, collabore avec différentes revues et participe à plusieurs rencontres internationales.

Institut Fondamental d’Afrique Noire/Cheikh Anta Diop (IFAN/CAD) est créé sous l’appellation Institut Français d’Afrique Noire par arrêté n°1945/E du 19 août 1936 duGouverneur général de l’AOF, Jules Brévié. L’IFAN couvrait l’ensemble des territoires de l’Afrique Occidentale Française (AOF) à travers l’établissement de centres locaux (Centrifan) dans plusieurs localités des zones administrées. Devenu Institut fondamental Institut Fondamentale d’Afrique noire en 1966, il sera rebaptisé Institut Fondamental d’Afrique noire Cheikh Anta Diop de Dakar (IFAN/CAD) en 1986, est un établissement autonome au sein de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar qui est chargé :

  • D’effectuer, de susciter et de promouvoir des travaux scientifiques se rapportant à l’Afrique noire en générale et à l’Afrique de l’ouest en particulier
  • De participer à la renaissance culturelle et à l’africanisation des programmes d’enseignement, notamment en diffusant par tous les moyens les résultats de ses études
  • De collaborer à l’organisation de colloques, de conférences et de congrès internationaux et à l’établissement d’une coopération et d’échanges avec des instituts nationaux et internationaux
  • D’assurer la publication et la diffusion des études et des travaux d’ordre scientifique se rapportant à sa mission
  • De réunir dans ses musées, ses archives et sa bibliothèque les collections scientifiques et la documentation nécessaire à la connaissance et à l’étude des questions intéressant l’Afrique noire
  • De participer à l’application des règlements concernant le classement des monuments historiques, les fouilles, l’exploitation des objets ethnographiques ou d’art africain, la protection des sites naturels, de la faune et de la flore

 

La journée d'étude : Quels musées au Sénégal pour le XXIe siècle