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Présence du futur 2

Projection internationale menée par Emmanuelle Chérel en 2016, à Dakar.

Avec Lila Séjourné, Nahomi Del Aguila, Kahina Djemani, Capucine Girard-Colombier, Arthur D'Haeyer, Soo-Chi Gwon.

Les photos de l'exposition Présence du futur 2

La résidence Laboratoire Agit art

Quelques images de l'exposition Selebe Yoon de Issa Samb et Ican Ramageli, Laboratoire Agit’Art à la Dulcie Galerie du 11 mars au 2 avril 2016.

Journée d'étude du 7 mai 2016
Enseignement de l’art, prospective et invention pédagogique : Comment ? Pour qui ? Quelles finalités ?

 

 

 

photo Ican Ramageli

Après deux semaines passées à Dakar, pendant lesquelles Kahina Djemani, Nahomi del Aguila, Arthur d’Haeyer, Capucine Girard-Colombier, Suji Gwon, Lila Sejourné ont mené un projet personnel, nous sommes partis dans le delta du Sine Saloum, sur l'île de Dionewar avec l'artiste Ican Ramageli. Les six vidéos présentées esquissent différents scripts, strates, micro-narrations d'un projet collectif. Elles relient cette expérience vécue aux réalités et fictions qui nous sédimentent et qui font de nous des agrégats d'histoires, de croyances, de récits et de potentiels.

Un projet collectif peut-il prendre la forme d'un radeau ?
Plusieurs lignes de fuite nous accompagnaient :
- Oscar Wilde, 1891, « Une carte du monde ne faisant pas mention du royaume d’Utopie ne mérite même pas un coup d’œil, car elle laisse à l’écart le seul pays où l’humanité finit toujours par aborder. »
- Achille Mbembe, 2000, « un travail de réassemblage est en cours sur le continent, un immense champ de labour de la matière et des choses, susceptible d'ouvrir sur un univers infini, extensif et hétérogène, l'univers de la pluralité et du large ».
et puis
- Fernand Deligny, 1978, « Je dis tout simplement qu'un radeau n'est pas une barricade et qu'il faut de tout pour qu'un monde se refasse ».
mais aussi
- Guillermo Gomez Pena, 1996, « Je fais de l'art sur les malentendus qui ont lieu dans les zones frontalières. Mais pour moi, la frontière n'est plus située dans un site géopolitique fixe. Je porte la frontière avec moi, et je trouve de nouvelles frontières partout où je vais ».
et encore
- Felwine Sarr, 2016, « Contre la marée, prendre le large » (…) « Construire des sociétés qui font sens pour ceux qui les habitent. L'Afrique n'a personne à rattraper. Elle ne doit plus courir sur les sentiers qu'on lui indique mais marcher prestement sur le chemin qu'elle se sera choisi ».

Cette polyphonie a dessiné un parcours vers le sud.
Celle d'une plate-forme, proche de l'eau, sommaire,
permettant de naviguer ou d'atteindre la terre ferme,
un assemblage de divers objets flottants échoués sur la grève (tongs, bouteilles de plastique, morceaux de bouée),
qui n'a pas vocation à être durable.
Inévitablement, une longue série d'images historiques et d'actualité
se greffe à cet objet instable et ambivalent.
Nous n'en nommerons aucune. 
Tout territoire, défini comme une situation poétique, correspond par voie métaphorique
à d'autres situations et d'autres territoires dans le monde.
Pas plus qu'un radeau n'occulte la nécessité de la confrontation
Pas plus, le politique ne disparaît sous le poétique.

Un radeau fait de tongs reliées entre elles.
Une multitude.
Chacune évoquant des pas, des routes, des déplacements, des absences
Réunies de manière suffisamment souple pour que lorsque percutent des vagues, l'eau passe au travers.
Car un radeau n'est pas esquif.
Nous ne retenons pas les questions.
Notre liberté relative vient de cette structure rudimentaire.
Ceux qui l'ont conçue ont fait du mieux qu'ils ont pu.
Dans le temps imparti.
Alors qu'ils n'étaient pas en mesure de construire une véritable embarcation.
Chacun l'a chargée d'enjeux personnels et collectifs.

Quelque soit un projet, pour peu qu'il soit commun à quelques uns, il faut un réseau.
Ensemble, temporaire ou accidentel, de lignes entrecroisées.
Un réseau de présences proches.
Ici pêcheurs, ramasseuses de coques, commerçantes, paysans du Siné Saloum,
dans une nature scandée par un rythme coutumier et une économie de subsistance.
Travaillée par les grandes transformations du monde.

Se livrer à la dérive.
Renoncer, pour une durée plus ou moins longue,
aux raisons habituelles de se déplacer et d’agir,
pour se laisser aller aux sollicitations d'un espace étranger,
aux rencontres.
Apprendre et désapprendre.
Se décentrer dans cette zone constituée de mangroves, de lagunes, de forêts et de cordons sableux.
Chercher une manière de se mettre en relation avec un espace étranger et ses habitants,
avec d'autres expériences, vécus, savoirs, imaginaires, histoires.
Expérimenter un espace où l'action est coproduction de savoirs et d'agir en assumant la complexité de la situation et la possibilité d'une construction collective.
Par l'approfondissement, l'écoute, l'échange et la bienveillance.
Etre attentifs aux conseils, aux dons, aux négociations comme à toutes les intraduisibilités, les opacités et aux complexités de la relation.
Engager la traversée.
Tout en veillant à une présence à soi,
à identifier d'où nous parlons,
à nos planéarités situées.

Quand les questions s'abattent,
nous maintenons un projet,
ce qui nous réuni.
Non pas une plate-forme concertée,
mais des liens, des modes d'attaches.
Une image du monde, analogique et lacunaire, est préférable à celle d'un univers globalisé par la puissance de l'argent et le droit du plus fort.
Une arche qui nous aide à penser notre mouvement
Penser l'errance et la navigation, étendues à la vie entière
devenues mode d'habitation,
Penser les formes de nos mondes à venir,
comme des pays flottants, nations provisoires,
règnes partagés entre animaux, végétaux et humains
tenus solidairement dans une fragile cohabitation
Faire ce qui est en notre pouvoir pour tracer des lignes vers d'autres devenirs.
Partir de l'imprévisible trajectoire,
Comment accélérer les métamorphoses ?
»